#6 – Le Piton des Neiges

Hello les amis !

Comment ca va les « Métros » aka Métropolitains ?
Oui c’est comme cela qu’on nous appelle, nous, les métropolitains à La Réunion.

En tant que Blancs Becs, on nous appelle aussi les « Zoreilles »
Ça vient de l’époque de la colonisation, où les Français arrivant sur l’île et ne comprenant pas le créole, devaient « tendre l’oreille »

Voilà pour les présentations !

Je suis sur La Réunion depuis une bonne dizaine de jours et cette-ci porte bien son nom : l’île Intense.
Moi qui ne suis pas aquatique (je suis le genre de mec qui quand ça dégénère dans une piscine, se met discrètement sur le coté… à bon entendeur !) + le fait que ce soit une île, rien ne le laissait présager que j’allais tomber sous le charme !

Mais aujourd’hui je vais vous raconter un pétit périple dont je ne suis pas peu fier : l’ascension du Piton des Neiges.

Point culminant de La Réunion avec ses 3070m d’altitude, c’est aussi le point le + haut de l’Océan Indien.

J’organisais alors ma première randonnée, nous étions Dimanche 11 Février. Cette randonnée se fait sur 2 jours.
Je planifiais alors de la faire sur le Mardi / Mercredi suivant.

Qui dit première, dit je vais prendre un guide.
Je téléphone donc à plusieurs guides trouvés ici et la sur le net.
Tous sont déjà bookés.
Dernière tentative, et la je tombe sur un mec qui est prêt à m’y emmener aux 2 conditions suivantes :

– 350 euros pour les 2 jours
– Départ depuis Hellbourg (bled situé à 930m d’altitude, ca va avoir son importance !) car la voie normale par Cilaos est fermée cause éboulie sur la route.

Je réfléchis… je me dis « merde 350 euros !! Ça fait plus que mon billet d’avion Paris -> Saint Denis »
10mn plus tard je rappelle le mec et lui dit que ce n’est pas possible : trop cher !
Je décide alors de faire l’ascension seul.
Je me dis aussi que c’est mon destin après tout.

Je fais quelques recherches ici et la sur le net pour récupérer le tracé et je lis les quelques commentaires de précédents randonneurs.

Donc l’ascension se fait bien en 2 temps :
1/ Départ de Hellbourg à 930m d’altitude pour arriver au refuge de « La Caverne Dufour » à 2500m d’altitude.
2/ Réveil à 3h du mat’ pour faire les derniers 600m de dénivelé positif, à la frontale, et admirer le lever du soleil.

Détail de la randonnée ici : https://randopitons.re/randonnee/1169-montee-piton-neiges-depuis-hell-bourg

Ok je vais en chier.

Le lendemain, Lundi, je me rends chez Décathlon pour compléter mon équipement :
– Une poche à eau de 2L + une gourde de 1L
– Un bonnet et des gants (il fait 5 degrés une fois en haut en attendant que le soleil se pointe)
– Un chapeau

Boum je suis équipé.
La pression monte pendant la journée.
Je suis aussi ému à l’idée de réaliser ce challenge.

Je rentre à ma base et m’occupe cette fois ci de la partie alimentation :
– Petit déjeuner de champion : pancake, bacon, œufs, amandes
– Le carburant pendant l’ascension : figues, bananes, amandes, maquereau, thon

Nous sommes Lundi, 20h, tout est prêt.
Je me couche dans la foulée et mets le réveil à 6h pour décoller à 7h et ainsi essayer d’éviter les bouchons de Saint Denis.

Il est 5h je me réveille déjà.
Je tourne dans mon lit… et les minutes se vivent en secondes : Driiinnggg allez c’est parti !

Petit déjeuner, dernier contrôle et je saute dans la voiture.
Arggg pas assez tôt encore, je me tape les bouchons en traversant Saint Denis, et j’arrive à Hellbourg à 10h.

Allez c’est parti j’attaque direct.

Ça démarre fort : il faut monter les remparts.
500m à flanc de roche pour sortir du cirque de Salazie.
Ça zigzag. Je monte à mon rythme. Je me sens bien.
Cette première partie me prendra un peu moins de 2h.

J’arrive sur le plateau, au niveau du gîte de Bélouve.
Premières vues sympa !

500m plus bas, la ville de Hellbourg

La je vois une route et des voitures.
Je me dis merde… j’aurai pu me garer ici !
J’aurais ainsi économisé du temps et surtout de l’énergie.
Bon… je me suis dit qu’après tout, autant faire la totale !

Avant de m’enfoncer dans la forêt, je croise un premier groupe qui revenaient du chemin et m’informent sur ce qui m’attend.
4h30 de montée avec des passages techniques + de la boue.
Ce à quoi je leur réponds que j’ai des supers chaussures et que ca va le faire !

Allez c’est parti.
Ça monte tranquillement.
Effectivement des premiers passages, dans la boue jusqu’au mollet, des échelles, et de nombreux passages où je suis obligé de poser les mains au sol pour monter.

Wouahouuuuu
Je croise assez rapidement 2 groupes de 2 personnes venant de l’autre sens, qui descendent donc, et qui tirent la tronche et me demandent « Il reste combien de temps ? » Je leur réponds qu’il reste moins de 30mn et me confirment bien que je vais en chier.

Euhhh d’accord.

Ce furent les dernières personnes croisées sur ce chemin.

Bim j’enquille toujours à mon rythme.
Je découvre la praticité de la poche à eau.
Vous savez c’est une poche que l’on met dans le sac à dos sur laquelle est connectée un tuyau qui passe ensuite par dessus l’épaule.
Ça permet de s’hydrater + facilement car le tuyau est à porté de bouche.
Qui dit + facile dit aussi + fréquent et donc avec des plus petites gorgées.
C’est top.

Je m’arrête à 13h pour faire une pause repas.

Maquereau spirit. On peut voir aussi le fameu tuyau qui sort du sac et des bâtons de marche. Oui Oui les bâtons que je me suis trimballé et que je n’ai pas sorti !
Oué j’essaye de sourire mais en vrai j’en chie
Ça monte et c’est accidenté !

Allez bam je rédécolle.
Une des particularités de La Réunion est la forte présence de « ravines »
Ce petit nom mignon pour dire « petit ravin »
Sur le terrain, ca donne une sorte de cuvette : descente puis remontée, plutôt raides !
Elles font mal au moral car on redescend donc souvent de plusieurs dizaines de mètres et on sait donc que celles ci nous éloignent temporairement du sommet.

Je continue à monter.
La végétation change au fur et à mesure.

Au milieu de nulle part. Enfin… toujours sur la bonne route quand même. Il est 14h.

Avec l’altitude, la température descend aussi.
La végétation se fait aussi de moins en moins haute ce qui fait qu’on ressent maintenant + le vent.

Je mets le Kway.
Les cuisses qui commencent à durcir.

Et là évidemment je commence à me poser 10.000 questions :
– Est ce que je fais demi tour ?
– Si je passe la nuit sur le chemin, quelle est la probabilité pour que quelqu’un me retrouve demain ?
– Est ce qu’il fait froid la nuit ici ?
– Tiens je capte sur mon téléphone. Je peux au pire me faire hélitreuiller.
– Ah mais … est ce que je suis couvert si je me fais hélitreuiller ?

Mais merde c’est encore loin ?!!

Il est 15h.
Je tombe enfin sur un panneau.
C’est le Cap Anglais.

2155m d’altitude.
Je viens donc de tirer 1200m de dénivelé positif. Je suis déjà fumé.
MAIS celui-ci m’indique encore 1h30 à tirer jusqu’au Gîte.

Le moral reprend.
L’abandon ne fait plus partie de l’équation.

Il est presque 16h30, j’appercois enfin de gîte !!

Photo du gîte prise à l’oposée de mon chemin d’arrivée. Merci Thibault !

J’entends des bruits derrière moi.
De l’autre coté de la ravine, j’aperçois 2 randonneurs qui se trouvaient derrière moi.

Je leur cri un « Heyyy hooooo »
Ils me font signes.
Je leur dis que je pensais être le dernier sur ce chemin de la journée.

Ralalalala
Quel plaisir de recroiser des gens !

On arrive donc en groupe au gîte.
Tous soulagés et bien évidemment contents !
Il est 16h30

Le gîte se rempli de quelques personnes au fur et à mesure de la fin de journée.
Tous arrivent de l’autre coté du chemin, donc par Cilaos.
Et moi qui pensait que cette route était inaccessible ?!!!
Par ce chemin, l’atteinte du gîte se fait entre 1h30 pour les rapides et 2h30.
Arghhhhhh
Je viens de me taper 6h30 bordel !

Bon … ma bière est d’autant + méritée.

Ça papote.
Super ambiance en cette fin de journée au gîte.
On dîne un très bon cari poulet (riz + poulet) avec un rhum que je préfère laisser au collègue. Je me ménage pour la dernière partie de l’ascension.

On veut tous se lever tôt pour arriver au sommet et pouvoir admirer le lever du soleil.
« Allez on décolle à 3h30 » cri l’un
« Non ca va faire trop juste » cri un autre
On s’accorde sur l’heure approximative de levée du soleil : 6h du mat’

Vers 20h les lumières du gîte s’éteignent et nous gagnons nos dortoirs.
Je mets mon réveil à 3h15.
Nous sommes dans une pièce d’à peine 20m2 et 15 personnes y dorment… sur 3 niveaux !

Ça ronfle sévère.
Je dois dormir 2 ou 3h.
À 3h, le gîte commence …. à s’agiter.
Tout le monde s’est finalement levé + tôt.
L’excitation mais aussi la peur d’arriver en haut trop tard et de louper le spectacle.

De petits groupes commencent à partir.
Je prends seul la route à 3h10.
Première expérience à la frontale.
Aucun bruit, aucun vent.
Quelques lueures ici et la de frontales dans la montagne.

Je double 1 groupe.
D’autres me dépassent.
On ne fait évidemment pas la course.
Chacun son rythme.
Pour arriver au bout, il faut marcher à son rythme et rester « dans sa zone »

Beaucoup de pierres.
Le terrain est accidenté.
Les derniers 600m sont longs !

Le sol change aussi.
Les pierres sont de plus en plus petites.

Le finish se fait sur une pente beaucoup plus douce.
On pourrait quasiment courir !

J’arrive au sommet !!
Il est 5h10.
Il fait nuit.
C’est calme.
Les premiers arrivés sont cloitrés ici et la … à l’abri du vent.
Certains avec leurs duvets, d’autres avec des couvertures de survie.
Je m’équipe moi aussi : bonnet, gants, polaire et je m’assoie.
Ça caille bordel !

On distingue l’Océan.
Au loin de gros nuages. Des éclairs…
C’est magnifique.

5h41 …. ca arrive ….
Peace !! (Glaglagla …)
6h03
6h16
Photo Finish !

Ralalala quel bonheur !
Très fier d’être arrivé en haut !

Regardez cette lumière lors de la descente…
Et Bim !

C’est maintenant l’heure de la descente.
Petit pause au gîte pour prendre le petit déjeuner et dire au revoir aux collègues.

2200m plus bas, abattus quasi d’une traite en un peu moins de 6h
J’arrive à Hellebourg, les jambes en vrac.

Je m’arrête au premier resto.
Ils ne servent plus.

Je traverse la rue pour me prendre une bouteille d’eau et une orange.
Je me pose sur le trottoir.

Je me revois encore il y a quelques années dans les Gorges du Verdon où j’étais au bout de ma vie pour sortir de cette cuvette et ses 300m de dénivelé positif.

La différence :
– 15kg de moins et une meilleure condition physique
– Capacité à moduler l’intensité en fonction du rythme cardiaque
– Des ressources de qualité et en quantité : eau + bouffe

J’étais vidé… rincé… Mais je l’ai fait !

Bizzzzz

9 réflexions sur « #6 – Le Piton des Neiges »

  1. L’aventure c’est bel et bien çà… se dépasser pour aller vivre des moments inoubliables qui resteront bien ancrés dans le coeur ! Et à chaque souvenir, des yeux qui pétillent et un sourire qui s’anime…
    Chaque expédition rend plus fort et heureux de vivre pleinement la planète Terre.
    La vie ne se compte pas en nombre de respiration, mais en instant à coupe le souffle !
    Belle continuation,
    Didier

  2. Trop fier de Toi mon gilou tu m as presque faut chialer ! Que de bon souvenir entre mon ascension du piton il y a 4 ans et nos randonnée sur la Côte d’Azur !
    Je suis ausSi super content de voir ton évolution au cours de cette dernière année , 15 kg de moins , une condition physique transformé et des bonnes habitudes alimentaires qui font encré en Toi ( pas de rhume mdr ) ! Tu es la preuve vivante que tout es possible !!! Encore bravo !!!!

  3. Bonjour,
    Bravo pour ton « ascension » d’autant plus tout seul !!
    On doit y aller ce weekend par le même itinéraire que toi, mais on se demande si le chemin est bien indiqué..?

    1. Salut Marie, merci !
      Oui le chemin est bien indiqué.
      Je te conseille de partir du gîte de Bélouve pour économiser 500m de dénivelé positif et environ 1h30 de marche sur un mur.
      Attention s’il a plu les jours précédents, beaucoup de boue.
      Tiens moi au jus !

      1. Merci pour ta réponse, on l’a fait le weekend dernier et c’était bien boueux mais génial ! La vue en haut vaut vraiment le coup !

Répondre à Marie Annuler la réponse.

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